jeudi 3 octobre 2019

A moi, mon corps !

Tatoué de la tête aux pieds...vert, violet, rouge...
Tantôt raté, tantôt précis...tantôt carapace, tantôt accès direct au plus intime...
Tantôt se réapproprier ce corps, tantôt vouloir ce le cacher...
Lui il bouge, s'agace, coupe la parole, s'interpose : "moi j'ai 37 ans, j'en ai vu" il le dit, son corps le hurle... Ses tatouages en sont la preuve.
Son allure, pas franchement fière mais une appétence à être là,
à montrer ce corps comme une diversion, comme pour dire : "moi vous me toucherez pas, vous m'approcherez pas..." Ou alors faudra passer à travers toute cette armure, faudra contourner ces tatouages...
Le torse bombé inutile de lui dire de se poser, il bouge, revient, repart...
Une légère odeur d'alcool...Pour s'apaiser ? S’exciter ? Peut-être les deux...
Fixer le regard lui fait bien trop mal... Sauf pour s'embrouiller...Comment ça pourrait être autrement ? Le regard de l'autre comme le reflet de sa propre image... Il semble tellement la redouter.
Et puis, dans tout ça les tatouages commencent progressivement à se former...des larmes qui coulent des yeux...des tribales de toutes les couleurs...des tatouages de "taulards"...
Et puis, celui-là, ce tatouage gratter méticuleusement juste à l'aide de son doigt et jusqu'au sang...
Ce tatouage gratter mille fois, qui n'a plus le temps de cicatriser tellement la pulsion est présente...
Ce geste comme une scarification, veine tentative d'un retour à la réalité en essayant de se réapproprier ce corps.
Ce geste paradoxal...gratter méticuleusement l'objet de son armure...
Ce geste comme pour inciter à parler de ce corps afin d'apaiser l'âme...

Jérémy








mercredi 12 juin 2019

Pourquoi jamais les éducateurs ?

Pourquoi quand on parle éducation, enfance, handicap, insertion c'est les psychologues, les sociologues, les chercheurs que l'on interroge ?
Peut-être parce que les uns ont la théorie du développement de l'enfance, de Freud à Lacan en passant par...tout les autres. Les autres ont l'analyse de l'impact d'un groupe, d'un phénomène sur une société de Durkheim à Bourdieu... Les derniers cherchent tout ce qu'il est possible de trouver au risque de finir par...trouver un truc à dire.
Et nous, les éducateurs...euh bah...faut croire que nous n'avons rien à dire...
Pourtant Korczak, Deligny... entre autres ils se sont battus eux au quotidien, pendant la guerre...Ils l'ont revendiqué eux leurs pratiques.
Boaf s'agit pas d'opposer les uns aux autres...Mais c'est quoi notre problème ?
Je les entend déjà dire "encore un qui souffre d'un problème de reconnaissance..." "il veut son quart d'heure à la Warhol."
Je souffre surtout d'une grande tristesse de ne pas voir le travail du collègue, camarade, amis se prendre la tête sur l'accompagnement quotidien des jeunes autistes.
Je souffre surtout de ne pas entendre cet accompagnement fait par une équipe d'éducateur autour d'une famille. Autour d'une famille, vers la mort de leur petite âgée d'à peine 3 ans.
Je souffre de ne pas voir tout les sourires du quotidien qui deviennent possible parce que nous n'avons pas regardé à côté, parce que nous avons considéré, parce que nous avons fait avec, fait pour.
Parce que nous avons pris des risques, parce que nous nous sommes forgés une pratique, un regard si particulier que nous aiguisons au quotidien et au fil des rencontres.
Parce que nous considérons l'autre dans sa différence quand d'autre n'y voit qu'un moyen de domination, parce que nous sommes capable de faire le grand écart entre la folie financière des uns et la folie des âmes que nous accompagnons...
Parce que nous permettons l'altérité là ou personne ne veut y croire...
Parce que rien de rationnel ne s'est passée comme prévu dans cette journée et que c'était juste humain tout ce qui s'est passé...
Parce que sans doute que je pourrais continuer infiniment... Et vous ?

Jérémy

mercredi 15 mai 2019

Fou...


Il y a des gens qui sont fous, ou libres ou follement libres.
Ils ont ce supplément d'âme qui les tire, qui les hisse autre part,
autrement.
Ils sont lumineux, imprévisibles...
Ils ont cette faille comme un passage vers la nature même des choses.
Leur compréhension du monde, bien souvent, à revers de ce que l'on croit voir...
Lumineux, juste lumineux...
Des repères, en fait ils sont justes des repères, des phares qui indiquent le cap en pleine tempête de normalité...
Pas la peine de tenter de leur ressembler, paradoxalement ils le font parce qu'ils ont le sentiment d'être juste normal...
Pour eux, c'est normal pour nous c'est Extraordinaire...Ou trop intense alors ils seront relégués au titre d'orignaux...ou de fou...
L'insouciance de l'enfance n'est pas bien loin, l'insouciance...
Ils ont l'audace d'y croire, et le courage de leurs opinions.
Ils sont beaux...Juste beau.

Jérémy






jeudi 2 mai 2019

Une rencontre c'est un peu comme une porte...

Une rencontre c'est un peu comme une porte...
Certaines vont s'ouvrir très vite à l'image des portes coulissantes en verres dans les grandes surfaces...Avec curieusement toujours cette angoisse de voir ces deux portes lancées à toute vitesse se refermer d'un coup sur quelqu'un...Le seuil se franchie généralement très facilement le risque étant de tomber sur des choses assez superficiels et superflus...
Il y a les portes tournantes, celles en bas des buildings froides et rigides...Vous croyez être entrés, en fait vous n'avez qu'effleuré la rencontre...et vite fait demi-tour de vous même, à moins que le videur ne vous ait expulsé...
Encore il y a les portes battantes, celles des westerns, des saloons...Elles résistent puis faudra à un moment dégainer...Faire voir qui l'on est...
Les portes blindées, pour les franchir il y a deux solutions : les braquer avec minutie et chirurgie, ou les défoncer...Le risque étant de faire des dégâts et/ou d'avoir les flics au cul... Sauf si vous avez le code secret...
Puis il y a les portes qui nous claque au nez, pas grand chose à faire si ce n'est attendre... ou pas.
Enfin il y a les petites portes, elles s'ouvrent puis se referment, laissent percevoir des sons, des couleurs...un univers.
Elles s'ouvrent pour une seconde, une heure, une semaine...Une vie.
Souvent il s'agit d'une porte qui s'ouvre pour en découvrir milles autres qu'il faudrait milles vies pour s'y perdre...
Une rencontre, une vague de liberté en y repensant c'était juste bien.

Jérémy

jeudi 28 mars 2019

Accoudé au zinc


Accoudé au zinc il est un Empereur, un Seigneur du troquet. Les troquets il les connait.  Il les fréquentent, parce que c 'est chaud les rades, parce qu'il y a toujours moyen de pallasser,  et puis de tant en tant il peut taper le carton.
Alors, il prend racine, puis un changement de propriétaire survient et il migre autre part, ailleurs

Cette fois son bistrot fait le carrefour, il a pignon sur le boulevard. Boulevard sur lequel il traînait ses grolles quand il était minot.
Son école était a deux pas. L'école c’était pas son for.
C'était plus le genre mauvaise graine, un brin gringalet, les sourcils froncés, plutôt solitaire.
Il cherchait pas la castagne fallait pas non plus le toiser trop longtemps du regard.
Son frangin était dans les parages en cas de baston. Il le défendait pour sûre.
Son frangin c'est le grand frère, le poto...Le genre de type qui va lâcher sa gonzesse pour envoyer un ou deux bourres pifs si son petit frère doit en découdre.
Les autres, ils l'aimait pas bien ce minot. Il était mystérieux. Ce mystère qui dérange dans une cours d'école. Ce mystère, une faille invisible mais ouverte par l’absence d'une mère. 
Son frère à s'en doute décidé ce jour là, sans le savoir, de le protéger contre vents et marée.
Mais un jour du haut de ses onze ans un lascar lui a demandé ou était sa mère. Le minot a vu rouge le lascar n'a eu qu'a se rhabiller. Il a été renvoyé, son père l'a expédié chez les tantes, pour qu'il travail à la ferme.
Accoudé au zinc il a son avis sur tout, politiquement nul part personne ne l'a jamais aidé. Lui c'est le gars qui s'est construit tout seul. Le genre de bourlingueur issu d'une génération ou il fallait se demerder.  Génération qui croyait au mérite, qui croyait au travail et qui dit maintenant : "Avant y avait du respect, avant c'était mieux ! Alors ouais on n'a pas beaucoup été à l'école ! Mais on savait se lever d'bon heure s'il fallait". Le verbe aussi haut que son verre est plein. Faut dire que chez les tantes il a trimé. "L'école de la vie" comme elles disaient. Le coq pour réveil puis les bêtes pour travail. L'échine courbée, il ne s'est jamais plein pendant ces trois années. 
Puis la sonnerie du bigophone des tantes qui résonnent encore comme un foutu écho dans la caboche. Toujours l'espoir que se soit son père...En vain.   
Alors, il a pris son paquetage et s'est fait la malle vers ailleurs... Il a traîné, bazardé...S'est fait embaucher, à l'époque c'était possible. 
Il a été ferrailleur, plombier, maçon...Aujourd'hui il a les paluches du travail, endurci par le froid, les coups, le labeur manuel.
Les biftons il a su les faire cracher il a eu de belles années, il était son ptit commerce...Reconnu pour ce qu'il faisait, sa barque il l'a mené. Sûre qu'il n'a  jamais complètement roulé sur l'or mais jamais était totalement à la rue non plus. 
Il savait aussi juste filer le coup de main contre un verre et un bon gueuleton.
Accoudé au zinc, sa vie il l'enivre dans une buée d'alcool.  

Jérémy





Accoudé au zinc Jacques

jeudi 21 mars 2019

De la norme à l'exclusion il n'y a...

Il n'y a qu'une incompréhension...

Ils pensent : "Ils sont violents entre eux",
Ils disent : "On est obligé de se battre pour se faire respecter...pour ne pas être embêter...pour se défendre...au cas ou..."
Ils pensent : "Ils se coupent sans cesse la parole."
Ils disent : "On a peur de perdre notre idée de la tête alors, on ne peut pas écouter les autres, on a des choses à dire, on doit les dire tout de suite maintenant."
Ils pensent : "Ils parlent n'importe comment."
Ils disent : "On manque de mots, on veut dire mais...on manque de mots..." alors l'idée but, trébuche...et puis frustration.
Ils pensent : "Ils ne tiennent pas en place, bouge sans cesse, il y a un vrai problème de comportement."
Ils disent :  "On retient, on se retient toute la journée, sa boue la-dedans, assis, écouter ne pas parler... On a envie de crier, de hurler, de jouer..."

Il n'y a que des mots démons...

"Dehors", " J'en peux plus de lui...", "Il met le groupe en difficulté", "Les parents ne font plus rien, il y a une déresponsabilisation des parents", "Collé"...
Les douces violences du quotidien...
Histoire d'une domination d'adulte sous-prétexte... Qu'ils savent mieux ?
Par peur, surtout...de...ce qu'ils n'ont pas pu, su être au même âge ? Par peur de cette vague de liberté qui rappelle...

Il n'y a qu'une différence...

Pas tout à fait pareil, pas tout à fait ce qu'on attend d'eux, un peu plus ou pas assez...Juste ce qu'il faut pour se dire que ce petit point noir au milieu de cette grande feuille blanche prend toute la place.
Alors, ils s'adaptent et adoptent un pseudo comportement "normé" en décalage avec ce qu'ils sont.
Ils tiennent le discours mais de fait les actes ne peuvent pas suivre.
Situation impossible, entre volonté d'être soi et peur d'être exclu car trop soi.
Ils disent ce que l'on attend d'eux, ils connaissent la règle du jeu...Mais...
Cette règle écrite par quelques uns pour quelques uns...

Jérémy

vendredi 8 mars 2019

La relation

Depuis la première rencontre du temps est passé...
On s'est toisé, croisé...Puis on s'est apprivoisé.