mercredi 15 mai 2019

Fou...


Il y a des gens qui sont fous, ou libres ou follement libres.
Ils ont ce supplément d'âme qui les tire, qui les hisse autre part,
autrement.
Ils sont lumineux, imprévisibles...
Ils ont cette faille comme un passage vers la nature même des choses.
Leur compréhension du monde, bien souvent, à revers de ce que l'on croit voir...
Lumineux, juste lumineux...
Des repères, en fait ils sont justes des repères, des phares qui indiquent le cap en pleine tempête de normalité...
Pas la peine de tenter de leur ressembler, paradoxalement ils le font parce qu'ils ont le sentiment d'être juste normal...
Pour eux, c'est normal pour nous c'est Extraordinaire...Ou trop intense alors ils seront relégués au titre d'orignaux...ou de fou...
L'insouciance de l'enfance n'est pas bien loin, l'insouciance...
Ils ont l'audace d'y croire, et le courage de leurs opinions.
Ils sont beaux...Juste beau.

Jérémy






jeudi 2 mai 2019

Une rencontre c'est un peu comme une porte...

Une rencontre c'est un peu comme une porte...
Certaines vont s'ouvrir très vite à l'image des portes coulissantes en verres dans les grandes surfaces...Avec curieusement toujours cette angoisse de voir ces deux portes lancées à toute vitesse se refermer d'un coup sur quelqu'un...Le seuil se franchie généralement très facilement le risque étant de tomber sur des choses assez superficiels et superflus...
Il y a les portes tournantes, celles en bas des buildings froides et rigides...Vous croyez être entrés, en fait vous n'avez qu'effleuré la rencontre...et vite fait demi-tour de vous même, à moins que le videur ne vous ait expulsé...
Encore il y a les portes battantes, celles des westerns, des saloons...Elles résistent puis faudra à un moment dégainer...Faire voir qui l'on est...
Les portes blindées, pour les franchir il y a deux solutions : les braquer avec minutie et chirurgie, ou les défoncer...Le risque étant de faire des dégâts et/ou d'avoir les flics au cul... Sauf si vous avez le code secret...
Puis il y a les portes qui nous claque au nez, pas grand chose à faire si ce n'est attendre... ou pas.
Enfin il y a les petites portes, elles s'ouvrent puis se referment, laissent percevoir des sons, des couleurs...un univers.
Elles s'ouvrent pour une seconde, une heure, une semaine...Une vie.
Souvent il s'agit d'une porte qui s'ouvre pour en découvrir milles autres qu'il faudrait milles vies pour s'y perdre...
Une rencontre, une vague de liberté en y repensant c'était juste bien.

Jérémy

jeudi 28 mars 2019

Accoudé au zinc


Accoudé au zinc il est un Empereur, un Seigneur du troquet. Les troquets il les connait.  Il les fréquentent, parce que c 'est chaud les rades, parce qu'il y a toujours moyen de pallasser,  et puis de tant en tant il peut taper le carton.
Alors, il prend racine, puis un changement de propriétaire survient et il migre autre part, ailleurs

Cette fois son bistrot fait le carrefour, il a pignon sur le boulevard. Boulevard sur lequel il traînait ses grolles quand il était minot.
Son école était a deux pas. L'école c’était pas son for.
C'était plus le genre mauvaise graine, un brin gringalet, les sourcils froncés, plutôt solitaire.
Il cherchait pas la castagne fallait pas non plus le toiser trop longtemps du regard.
Son frangin était dans les parages en cas de baston. Il le défendait pour sûre.
Son frangin c'est le grand frère, le poto...Le genre de type qui va lâcher sa gonzesse pour envoyer un ou deux bourres pifs si son petit frère doit en découdre.
Les autres, ils l'aimait pas bien ce minot. Il était mystérieux. Ce mystère qui dérange dans une cours d'école. Ce mystère, une faille invisible mais ouverte par l’absence d'une mère. 
Son frère à s'en doute décidé ce jour là, sans le savoir, de le protéger contre vents et marée.
Mais un jour du haut de ses onze ans un lascar lui a demandé ou était sa mère. Le minot a vu rouge le lascar n'a eu qu'a se rhabiller. Il a été renvoyé, son père l'a expédié chez les tantes, pour qu'il travail à la ferme.
Accoudé au zinc il a son avis sur tout, politiquement nul part personne ne l'a jamais aidé. Lui c'est le gars qui s'est construit tout seul. Le genre de bourlingueur issu d'une génération ou il fallait se demerder.  Génération qui croyait au mérite, qui croyait au travail et qui dit maintenant : "Avant y avait du respect, avant c'était mieux ! Alors ouais on n'a pas beaucoup été à l'école ! Mais on savait se lever d'bon heure s'il fallait". Le verbe aussi haut que son verre est plein. Faut dire que chez les tantes il a trimé. "L'école de la vie" comme elles disaient. Le coq pour réveil puis les bêtes pour travail. L'échine courbée, il ne s'est jamais plein pendant ces trois années. 
Puis la sonnerie du bigophone des tantes qui résonnent encore comme un foutu écho dans la caboche. Toujours l'espoir que se soit son père...En vain.   
Alors, il a pris son paquetage et s'est fait la malle vers ailleurs... Il a traîné, bazardé...S'est fait embaucher, à l'époque c'était possible. 
Il a été ferrailleur, plombier, maçon...Aujourd'hui il a les paluches du travail, endurci par le froid, les coups, le labeur manuel.
Les biftons il a su les faire cracher il a eu de belles années, il était son ptit commerce...Reconnu pour ce qu'il faisait, sa barque il l'a mené. Sûre qu'il n'a  jamais complètement roulé sur l'or mais jamais était totalement à la rue non plus. 
Il savait aussi juste filer le coup de main contre un verre et un bon gueuleton.
Accoudé au zinc, sa vie il l'enivre dans une buée d'alcool.  

Jérémy





Accoudé au zinc Jacques

jeudi 21 mars 2019

De la norme à l'exclusion il n'y a...

Il n'y a qu'une incompréhension...

Ils pensent : "Ils sont violents entre eux",
Ils disent : "On est obligé de se battre pour se faire respecter...pour ne pas être embêter...pour se défendre...au cas ou..."
Ils pensent : "Ils se coupent sans cesse la parole."
Ils disent : "On a peur de perdre notre idée de la tête alors, on ne peut pas écouter les autres, on a des choses à dire, on doit les dire tout de suite maintenant."
Ils pensent : "Ils parlent n'importe comment."
Ils disent : "On manque de mots, on veut dire mais...on manque de mots..." alors l'idée but, trébuche...et puis frustration.
Ils pensent : "Ils ne tiennent pas en place, bouge sans cesse, il y a un vrai problème de comportement."
Ils disent :  "On retient, on se retient toute la journée, sa boue la-dedans, assis, écouter ne pas parler... On a envie de crier, de hurler, de jouer..."

Il n'y a que des mots démons...

"Dehors", " J'en peux plus de lui...", "Il met le groupe en difficulté", "Les parents ne font plus rien, il y a une déresponsabilisation des parents", "Collé"...
Les douces violences du quotidien...
Histoire d'une domination d'adulte sous-prétexte... Qu'ils savent mieux ?
Par peur, surtout...de...ce qu'ils n'ont pas pu, su être au même âge ? Par peur de cette vague de liberté qui rappelle...

Il n'y a qu'une différence...

Pas tout à fait pareil, pas tout à fait ce qu'on attend d'eux, un peu plus ou pas assez...Juste ce qu'il faut pour se dire que ce petit point noir au milieu de cette grande feuille blanche prend toute la place.
Alors, ils s'adaptent et adoptent un pseudo comportement "normé" en décalage avec ce qu'ils sont.
Ils tiennent le discours mais de fait les actes ne peuvent pas suivre.
Situation impossible, entre volonté d'être soi et peur d'être exclu car trop soi.
Ils disent ce que l'on attend d'eux, ils connaissent la règle du jeu...Mais...
Cette règle écrite par quelques uns pour quelques uns...

Jérémy

vendredi 8 mars 2019

La relation

Depuis la première rencontre du temps est passé...
On s'est toisé, croisé...Puis on s'est apprivoisé.

jeudi 14 février 2019

Un morceau de shit..comme passeport pour ailleurs !

Il est là posté, limite prostré. Son regard perdu dans une impossible projection. Son postérieur posé sur le banc du quai...RER C.
Un morceau de shit caché dans la chaussette, comme passeport pour ailleurs.
Le temps est morose, la neige de la veille laisse place à la grisaille du jour, grisaille extérieure semblable à sa misère intérieure.
Caler entre sa capuche et ses écouteurs comme intouchable, impénétrable...
Un soleil coincé entre deux nuages... Seuls ses rayons sont visibles, si tentés qu'on prenne le temps de les observer...
Alors il sort une clope qu'il prend soin de caler derrière son oreille, une feuille qu'il fait en sorte de bien lisser, puis il prend son shit et son briquet.
Ses deux mains s’élancent dans un balai aux odeurs exotiques.
D'une main son ceaumor, de l'autre son briquet il commence à effriter...
Les premiers effluves, comme la promesse d'un voyage en préparation...
Il est 8h20 c'est en réalité, le deuxième de la journée, impossible de se lever sans un premier pétard, ou la fin d'un dernier cul de joint de la veille... Du coup, il le dose gentiment juste ce qu'il faut...
Non pas qu'ils craignent les effets, ça fait un moment qu'il a l'impression de ne plus rien sentir, juste par principe c'est ainsi.
Puis il pose délicatement mais machinalement ses boulettes au creux de sa main,
Ensuite, il ôte sa clope de son oreille, humidifie de ce qu'il faut le papier pour pouvoir proprement sortir le tabac et mélanger le tabac à son shit.
Il sort sa feuille lissée mais suffisamment incurvée pour y poser délicatement le matos.
Au millimètre dans une précision d'horloger tout est minutieux...
Ces premiers gestes comme un espoir d'un ailleurs meilleurs présent immédiatement... Ici là au milieu de nul part, au bout du quai du RER C.
Il place un toncar avec un vieux ticket de métro qui lui traîne dans la poche... Il commence alors à rouler le tout, puis former un cône qu'il joint et colle à l'aide de sa salive...
Il prend le temps de tasser... Sur son genou...Jette sa queue de souris...
Puis, puis... Avec son briquet se langui d'une première taffe...
Malgrés la promesse du plaisir, les sourcils sont froncés, le teint est pâle, le visage est triste...
L'espoir s'incarne à travers l'idée de ces premières taffes...
Arf face à sa grisaille, bien avisé celui qui aurait fait différemment.
La flamme de son briquet, l'illusion de pouvoir chasser cette morosité intérieur.

Jérémy






mercredi 30 janvier 2019

"Aller vers"

La prévention spécialisée dans les locaux de la ferme de Champagne le sacro-saint de la "rééducation spécialisée"...La PJJ...
Un gouffre dans la manière de travailler : la libre adhésion d'un côté, l'obligation de l'autre...l'absence de mandat, le jugement pour ligne directrice...l'anonymat, les rapports au juge...
Pourquoi ? Pour parler addiction... avec les jeunes.
Le cadre de la "prév" est garantie par l'équipe sur place alors on y va.
Les jeunes on ne les connait pas, jamais vus, jamais entendu parlé et tant mieux.
On y est et...ils sont là...
Il est midi on a prévu de manger avec eux.
Attablés...Ils sont quatre ce jour là. Deux places sont libres entre eux, l'une en face de l'autre.
Téléphone portable, écouteurs sont sorties...
Alors les regards sont intrigués quand on entre dans le réfectoire "C'est qui eux ? ".
Sa fuse dans les têtes, les regards sont pesants, jugeant, inquiets ?
Les jeunes ont presque fini de manger, deux places  libres entre eux et au milieu de la table...
Pas évident ! Pourtant si on n'y va pas inutile d’espérer quoique se soit... En même temps c'est leur temps de pause déjeuner, tranquille... Hésitation.
Cette hésitation c'est un mélange de gêne, de peur de l'inconnu de la relation , de se faire recaler... C'est le moment ou l'on commence à grimper à une falaise et l'on espère être bien assuré...Cette falaise c'est celle de la rencontre, de l'altérité, de la relation...
Ce moment, c'est le moment pour lequel on est là.
Alors on y va : "Bonjour, ça vous dérange si on mange avec vous ? "
Basique mais décidé, une vraie envie d'être là, avec eux, de partager.
Une vraie envie qu'ils sentent cette intention, l'intention autant que les mots, le corps autant que l'esprit.
"Non pas de soucis".
Le premier pas est fait on est parmi eux, juste à côté, côté à côté, dans la forme comme sur le fond.
Maintenant il faut tisser... Tisser le lien entre eux et nous.
Alors, on sort les outils. Pour des bricoleurs de la relation, on prend le temps de se présenter, on toise les réactions puis on balance les questions, entre le trop et la question qui va déverrouiller.
Qui va permettre l'échange, qu'ils nous reconnaissent et que les premières barrières tombent, qu'ils lâchent un peu prise.
Alors on continue on joue d'humour, d'explication, d'écoute, de considération... On parle de produits, de réduction des risques, de prise de risques, de plaisir...de nous "et toi tu fumes ? ".
Le temps passe ils sont restés avec nous alors qu'ils avaient fini. Une ébauche de lien s'est créée, des graines sont lancées, une première rencontre a eu lieu.

Et puis, la satisfaction d'avoir accompli quelque chose ce jour là se résume en une phrase
"Mais vous êtes entrain de travailler là ?"

Jérémy